Les décrets des talibans à l'égard des femmes aboutissent pratiquement à les exclure de la sphère publique, en leur interdisant en principe, dans les villes, de travailler hors de leur domicile, ce qui a mis au chômage des dizaines de milliers d'employées, des représentantes de professions libérales et les collaboratrices des O.I., ce qui a rendu plus difficile les conditions d'existence des veuves, plus de 50,000 dans la seule capitale. Jusqu'en 1996, avant l'arrivée des talibans à Kaboul, l'administration de l'état comptait 60% des femmes, occupant la plupart du temps des emplois subalternes. Mais la rigueur actuelle touche aussi bien les hommes que les femmes, puisque ce sont les maris qui sont punis d'une amende, de bastonnade ou de prison en cas d'infraction, ce qui montre que le régime insiste sur la responsabilité masculine dans le contrôle du comportement féminin. Le principe de la séparation totale des sexes s'est étendu dans un premier temps également aux soins hospitaliers avec un système médical totalement cloisonné. La société tout entière subit le contrecoup d'un régime qui, tout en apportant une sécurité des vies et des biens, impose par la force une utopie morale sans apporter de solution à l'appauvrissement général dû aux destructions et au sous-développement. L'ordre taliban, ancré dans une interprétation très étroite de la loi religieuse du chariat, se réclame d'un projet global et systématique touchant l'ensemble de la société. Les talibans nient que les mesures imposées soient contre les femmes et les privent de leurs droits. Ils affirment au contraire rétablir ces derniers par une stricte application de la chariat et rétablir le juste rapport entre les hommes et les femmes. Ses promoteurs affirment oeuvrer en faveur de l'honneur des femmes, de leurs droits et de leur dignité. Quels sont ces droits ? Quels sont les fondements de la condition féminine selon Mullah Omar, le commandeur des croyants de l'Émirat islamique d'Afghanistan ? Sa doctrine implique tout d'abord une certaine conception de la nature féminine qui fonde la différenciation des tâches et des responsabilités. Selon Mullah Omar : "Dieu Tout-Puissant a conçu l'homme et la femme différemment afin qu'ils remplissent des fonctions distinctes sur cette terre. Un proverbe dit que le travail domestique est la tâche des femmes tandis que le monde extérieur appartient aux guerriers". Discours prononcé lors du colloque "Hommes armés, femmes aguerries ", Genève, Institut Universitaire des Études du Développement, 23-24 janvier 2001